Saturday, September 09, 2006

Grand départ.

Je claque la porte de la rue des trois frères. Je n ai plus de clés. Avec moi, un sac a dos. Capacité : 38 litres, rempli pour 8 mois. Je dévale mes 6 étages, le taxi m'attend et, comme toujours, j'ai peur d' être en retard. Rendez-vous avec Liz a 15h30 a Opéra pour prendre le Roissy bus. Je suis dans le taxi, elle est encore sous la douche, son sac de voyage au moitie fait. Je la connais bien. A chacune ses névroses : elle, toujours en retard, moi, systématiquement en avance. 40 degrés, rue scribe, sous le porche, jean trempés, waiting for her. La voila, notre petite alien aux yeux verts.
Dans le bus, 10 degrés de plus. La France construit des TGV, invente le concept des 35 heures, réchauffe des bouts de notre planète avec ses essais nucléaires, mais l' air conditionné, elle connaît pas. C' est pas grave on avait prévu le coup : la robe par dessus le jean. Yes, I can keep my hat on... commence un mini strip. Plus de jean, volent les chaussettes et chaussures. Le bus est a nous, le monde aussi.

Terminal 2C

En refilant a Liz ma recherche du temps perdu (poids a la naissance : 3.5 kilos, taille : 30 centimètres), je réussi a faire passer mon sac en bagage cabine. Ouf. A la sécurité, l'agent ne nous pique pas nos pinces a épiler (maintenant interdites dans l'avion... la discrimination n'a plus de limites), il a du en récolter suffisamment pour sa femme en cette période de grandes vacances. Bientot les sacs plastiques seront interdits : risques d'etouffement élevés. Nous avons passé tous les obstacles, maintenant il ne nous reste plus qu'a nous débarrasser de nos derniers centimes d'euros. La solution : un paquet de chewing gum goût melon-banane, totalement indigeste, et le Nouvel Obs qu' on ne lira jamais. Nous vidons nos porte-monnaies mais il manque 30 centimes pour faire le compte. Les gens derrière s'impatientent. Le caissier ne fait plus attention a nous et a la pile de centimes qui s'accumule devant son nez. C'est alors que liz s'assoit par terre, devant la caisse, et se met a vider son sac dans l'espoir d'y trouver une pièce oubliée. Un micro champ de bataille se forme autour d'elle : brosse a dents, bouquins, pulls, cigarettes, agendas, culottes. La, arrive un américain reconnaissable a son habil qui fait le moine : bermuda, t-shirt blanc, horribles sandales marrons garnies de chaussettes blanches mais grand banquier gagnant des millions des que Wall Street ouvre ses portes le lundi au soleil. "How much money do you need, girls?", me demande-t-il en me tendant une main remplie de pieces jaunes. Liz decolle ses yeux verts de son sac militaire. Moi bouche bee : "It's OK , sir, we'll make it, thanks". Mais non, il insiste. On pioche poliment dans sa main une pièce au hasard. Bingo ! 50 centimes ! On se relève, réapparaissant ainsi dans le champ de vision du caissier qui semble nous avoir oublié, et alors que je lui tend l'ultime pièce, il nous dit, exaspéré : "Même si il n'y a pas le compte, prenez tout et surtout dégagez le passage !".
Quitter Paris, ça a du bon parfois.

Décollage

46 G. Je hais les sièges au fond de l'avion. Ça bouge, ça me stresse, ça me donne mal au coeur. Liz s'en fiche. Ce qui la préoccupe le plus c'est surtout l'espèce de fou psychopathe americano-serbe qui la regarde d'un air bien pervers assis juste a cote d'elle. Va falloir supporter sa converstion pendant 7h10. Impossible.
Voila une minute que l'avion roule a fond sur la piste et on est toujours pas dans les airs. L'angoisse. Je me cahe sous la couverture (histoire de me sentir tel Ben Laden dans son boomker a Cergy Pontoise) et - en tout bien tout honneur - je commence a hurler que je veux descendre. Liz, prenant a coeur ma folie, explose de rire, et se met a appelé dans tous les sens une hotesse pour lui faire savoir que sa copine veut descendre. Vive la solidarité féminine.
Une heure plus tard
Je suis toujours pas descendue. Un grand verre de vodka pure me retiens dans les airs. Je plane comme le Boeing 747 sur les airs de Claude François et ses chansons populaires. Liz est scotchée a la TV évitant ainsi toute communication sensible avec le vicieux a sa droite.

Atterrissage

Le pilote d'air France se prend pour un coureur de formule 1, a 400 mètres du sol il nous fait trois virages et atterri totalement de travers sur la piste. Je hurle a Liz : " POURQUOI L'AVION IL PENCHE ???" Ayant réponse a tout, elle me dit tout a fait calmement : " Bah, parce que ya du vent " . Dix ans d'études en climatologie et en aéronautique permettent de donner réponse a tout . Merci Liz, qu'est ce que je ferai sans toi.
Quelques idiots applaudissent (cf. sketch de Gad Elmaleh sur les avions). Moi j'enlève mon pull, je me lève et le fait tourner autour de ma tête en criant "houra!!" c'est alors que la voisine de devant se le prend dans la figure, perd l'équilibre, tombe, se prend l'accoudoir du siège d'en face en pleine poire et meurt.

Nan, je rigole.

Arrivée a l'aeroport

A la douane américaine, on prend mes empreintes de tous mes doigts, pieds et mains compris, on vérifie que mes oreilles sont propres, que je n amène pas avec moi des pousses d'épinards transgeniques et que le cafard qui traîne dans mon sac est sero-negatif et n'a pas de drogue sur lui. On me prend en photo. Mes cheveux ébouriffés remplissent 80 pourcent du cadre, mes cernes les autres 20. Monsieur l'agent, je n'ai pas de sang sur les mains, rassurez-vous si j'avais commis un meurtre vous auriez été le premier a le savoir, de même si mes grand parents avaient été communistes en 45.
L'oncle de Liz doit venir nous chercher. Ou est-il ? On demande une piece de 25 cens a une vieille femme en echange d'un billet de 1 dollar pour telephoner. Elle nous sourit, nous appelle "sweety", et nous tend 50 cens sans prendre le billet de un dollar ! Encore une qui nous donne de l'argent ! Pendant que Liz appelle, je me dis qu'il serait bien que je telephone a mon tour a ma soeur, alors je m'avance vers un grand black, je lui arrive a peu pres au nombril, je tiens le meme billet de un dollar a la main, et lance la meme question. Lui aussi me donne 50 cens sans me prendre mon billet ! Notre voyage est placé sous le signe de l'argent ! Che bello !
L'oncle arrive. A nous New York ! Je lui dis "I don't know why but I feel free in this country !
- Yes Clara, you feel free, but the phonecall you just made was recorded.
...Welcome to America".

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